Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/82

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Singulière perfection, en vérité, que cette perfection de l’homme modèle qui ne résiste pas à l’épreuve et ne réussit qu’à crouler au premier choc de l’événement. Ce n’est plus à l’usage que nous constatons la bonté de l’instrument, c’est à je ne sais quel autre criterium inventé par la théogonie. Ce vaisseau est irréprochablement construit ; en voulez-vous la preuve ? C’est qu’au moindre coup de vent, il a sombré. N’importe la contradiction du fait et de la théorie, j’accepte l’Éden sur parole, sans vouloir en presser davantage ou en marchander la légende.

Et après ? nous voilà retombés, vous et moi, au même point de départ, c’est-à-dire à l’homme sauvage, à l’homme indigent, à l’homme ignorant, affamé, faible, souffrant, livré sans défense à l’inimitié de la nature.

Avec cette différence pourtant que vous arrivez au rendez-vous par le détour de la doctrine de la chute, et que j’y arrive directement par la doctrine du progrès ; que vous interjetez entre la création primitive et l’humanité actuelle le hors-d’œuvre d’une tentative malheureuse de perfection sans raison d’être relativement au présent, puisque le présent en est le démenti vivant, et que je procède comme la nature procède elle-même, par voie de continuité, en commençant par poser un germe et en tirant de ce germe toute la vie enveloppée en lui évolution par évolution ; que vous orientez votre esprit vers un passé sans retour possible, et marchez en sens inverse du temps vers le fan-