Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/89

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la vie pastorale à la vie agricole et pénètre dans la quatrième époque de civilisation. L’homme défriche, laboure, sème et conclut enfin avec la terre un pacte d’alliance à perpétuité. Jusque-là il avait flotté dans l’espace à l’état de vagabondage, mais, du moment où il trace le premier sillon, il épouse une contrée, il choisit une résidence. Il bâtit sa demeure à la lisière du champ, et la fixité du champ le fixe dans le cercle du même horizon. Transportée d’un genre de vie dans un autre, la tribu y transporte à son tour son système d’organisation. Elle possède le sol par indivis et le cultive en commun.

Mais la moisson ondoyante au soleil tentait le regard de la tribu réfractaire au progrès qui aimait mieux vivre de maraude que de travail. Un jour, une bande du voisinage emporta la récolte de Job à main armée. Le malheur ouvre l’esprit. Job, en définitive, faisait moins profession de fatalisme que la Bible l’affirme par inadvertance. Il comprit que le ravage de son champ lui posait un problème à résoudre. Il alla méditer à l’écart sur la montagne dans le souffle du Dieu vivant, et il rédigea de mémoire, article par article, un traité d’assurance mutuelle du travail contre le pillage.

À la suite de ce traité, l’homme de labour met la main dans la main de son compagnon d’existence, pour le soutenir et en être soutenu au besoin contre toute tentative d’invasion. La maison surgit partout à côté de la maison, sur le promontoire de la colline pour plus de sûreté, et pour plus de sûreté encore avec un mur d’en-