Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/88

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tion. Le pasteur est donc aussi semblable au pasteur dans la tribu que le mouton l’est au mouton dans le troupeau. Celui-ci vaut celui-là, à la pesanteur près du coup de poing ou à l’agilité près du jarret. Ce que l’un pense, l’autre le pense également ; ce que l’un veut, l’autre le veut ; ce qu’il fait, l’autre le fait ce qu’il sent, l’autre le ressent à l’unisson ; même travail, même caractère, uniformité de nature, partant uniformité d’existence, partant communauté ; car la communauté est l’association de quantités égales juxtaposées comme les molécules dans le rocher. Aussi le communisme tient exactement la même place dans l’histoire de l’homme que le minéral dans l’histoire du monde. Il figure au degré inférieur de l’échelle, c’est-à-dire au point de départ.

Cependant le troupeau, malgré sa supériorité sur la chasse comme mode d’approvisionnement, tient encore l’homme au régime forcé de la ration. La production de la chair demande du temps, et, par cette raison, la consommation marche plus vite que la reproduction. L’homme jeûne encore souvent. Mais comme le besoin est par ordre l’agent provocateur du progrès, l’homme rentre en lui-même sous le coup de la souffrance, et la méditation lui montre dans la plaine une plante sociale, — remarquez encore l’analogie — dont l’épi, incorruptible à l’air sec et reproductible à l’infini, peut le nourrir toute l’année en échange d’une saison de travail.

Esaü vend son droit d’aînesse. Le patriarche passe de