Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/92

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l’horizon de sa pensée. La patrie aujourd’hui est le dernier relai de la civilisation, et le progrès continue encore. Déjà le siècle commence à mettre l’idée d’humanité au-dessus de l’idée de patrie. Vous marchez en tête du siècle sous ce rapport, car lorsque le parti du passé croit vous faire injure, il vous appelle poëte humanitaire. Poète humanitaire ! ôtons notre chapeau, c’est votre premier titre d’honneur.

Ainsi, pour nous résumer, l’humanité évolue sans cesse d’une forme à une autre forme, de la chasse au troupeau, du troupeau à l’agriculture, et de l’agriculture à l’industrie, mais dans cette perpétuelle migration d’un état à un autre, elle ne sacrifie jamais le passé au présent, et ne laisse jamais tomber aucun progrès derrière elle sur la poussière du chemin.

Elle peut passer de la vie chasseresse à la vie pastorale, mais loin de briser son arc au moment du passage, elle cumule au contraire le troupeau et le gibier.

Elle peut passer de la vie pastorale à la vie agricole, mais elle ne licencie pas pour cela le troupeau, elle le parque au contraire à côté du sillon.

Elle peut passer de la vie agricole à la vie civile, mais en montant la rampe de la cité, elle ne dit pas adieu à la moisson, elle cumule au contraire l’agriculture avec l’industrie.

Elle procède en un mot, comme sa vie elle-même, par adjonction, par agrégation, par complexité, par harmonie. Elle emporte à sa suite, dans sa marche éter-