Page:Pelletan - Le Monde marche.djvu/99

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tisse, il la tend sur sa tête au coup du crépuscule et il dort à l’abri de la tente, habitation flottante, vagabonde, qu’il plante et qu’il lève sans cesse à mesure que la brebis, sans cesse en quête de pâturage, l’entraîne à sa suite, de contrée en contrée.

Mais à peine a-t-il pris racine au champ, qu’il bâtit sa maison en pierre et la recouvre d’une charpente. La maison consiste alors en une seule pièce, vide, nue, à l’image et sur le moule de la pauvreté et de la simplicité de cette époque de civilisation.

L’homme secoue la poussière de la glèbe et entre dans la cité. Il accroît alors son existence, il l’accroît par l’industrie, il l’accroît par la science, il l’accroît par l’art, l’étude, la sympathie, la conversation, l’amour. Pour faire place à cet accroissement multiple et complexe de sentiment et d’idée, de puissance et de richesse, il élargit sa demeure à la mesure du progrès, et il la distribue, et il l’organise, et la divise, et la subdivise en autant de cellules, en autant de servitudes, qu’il a d’hospitalités de diverse nature à donner et d’êtres ou de choses à loger. Ici la cuisine, ici la salle de festin, ici le gynécée, ici la bibliothèque, ici la galerie, ici l’ergastule, plus loin la buanderie, plus loin le four, plus loin l’écurie, plus loin l’étable, plus loin la cour, enfin le jardin et le verger.

Car l’homme procède toujours du simple au complexe, dans la dilatation, j’allais dire dans la création continuelle de sa chrysalide. Il met d’abord tout son luxe sur