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L’ÉDUCATION DU GOUT 29

L’ÉDUCATION DU GOUT

Dans le programme d’une bonne éducation, Mme Necker de Saussure place au premier rang le culte du beau : « Le sentiment des beautés de la nature est un si immense bonheur, qu’il n’est aucune éducation qui ne doive le développer dans les âmes. Rien n’est plus aisé. »

En effet, l’amour du beau est un sentiment instinctif chez l’homme. Les beaux spectacles de la nature ont pour l’homme un langage, ils parlent à son intelligence et à sa sensibilité. De même, les œuvres d’art sont des signes qui doivent nous parler et que nous devons comprendre.

L’art est le langage de l’âme ; ce langage, il faut l’apprendre comme tout autre langage, pour le parler et pour l’entendre. Les hommes qui ne sentent pas le beau sont véritablement des sourds-muets. « Oui, dit Tonnelle, c’est une langue qui a ses signes particuliers, qu’il faut apprendre et qu’on ne sait pas sans l’avoir apprise. » Et il ajoute avec un grand sens pratique : « Là, comme pour les langues étrangères, le meilleur moyen d’apprendre est de lire et de parler beaucoup. »

Quant au rôle supérieur des beaux-arts dans la vie de l’homme, Joubert a dit avec une exquise délicatesse : « C’est pour les hommes attachés au corps que les arts sont les superfluités de la vie ; pour les âmes élevées, les arts sont les biens les plus précieux de la société humaine. »

Interroger toutes choses dans la nature et dans le monde pour en découvrir la beauté, pour en goûter le charme divin, c’est ouvrir à son âme la source des plus nobles plaisirs. Il est bien difficile de ne pas admettre que toutes