Page:Peluso – Souvenirs sur Jack London, paru dans Commune, 1934.djvu/4

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contre Jack qui était considéré comme l’ornement de la section, on s’en serait bien gardé. Jack London comptait bien plus que nos autres « hôtes » occasionnels — pas encore illustres, comme Sun-Yat Sen Kotokou[1] etc. Cela malgré que son activité pratique fut presque nulle. Occupé entièrement de son travail littéraire, aimant le recueillement et l’isolement, il n’allait pas souvent aux masses, comme le faisaient alors ces deux douzaines à peine de militants, membres de la section, tous plus ou moins pris de la sainte passion du prosélytisme. Pour agiter les masses, la section se portait presque tous les soirs, lorsque le temps le permettait, sur une des places publiques. On emportait une caisse vide, qui servait d’estrade, et des brochures « marxistes » que l’on vendait pendant le discours des propagandistes. Leur prix modique (5 ou 10 cents) faisait qu’on en vendait pas mal. Les prolos américains se refusaient rarement à contribuer de quelques cents à la cause socialiste, même s’ils ne lisaient pas toujours notre littérature. Quant à s’enrôler dans notre parti, c’était une autre chose… Notre public se composait en grande partie d’ouvriers nomades. C’étaient des prospecteurs, des bûcherons, des mineurs. Les ouvriers résidant à San Francisco ou à Oakland venaient plutôt aux meetings du dimanche, dans des salles fermées. Les premiers étaient invariablement pris de la fièvre des voyages ou de l’« or ». Quand ils voyaient notre rassemblement, ils s’arrêtaient et écoutaient non sans sympathie pour notre cause, qui était aussi la leur, mais ils restaient généralement insaisissables du point de vue de l’organisation. Des seconds, (les ouvriers sédentaires), la section recevait aide matérielle et… les votes au moment des élections.

Pour attirer les auditeurs auprès de l’estrade improvisée, un des camarades, parmi les anciens, montait sur la caisse et brandissant un journal déployé qu’il tenait à la main, il gesticulait, montrant les titres sensationnels de la première page. La curiosité des promeneurs oisifs était ainsi attirée vers notre groupe. La masse une fois tassée autour de l’orateur socialiste, le meeting commençait. D’ordinaire, la réunion en plein air se prolongeait plusieurs heures, et les

  1. Kotokou, docteur en médecine, un des premiers socialistes japonais. Pendu en 1911 au Japon.