Page:Pensées de Marc-Aurèle, trad. Barthélemy-Saint-Hilaire.djvu/311

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LIVRE VIII, § XXXVII.

chose, si tu te bornes à ne considérer que lui, et que tu sois prêt à gourmander ton cœur de ne pas savoir tenir contre un adversaire réduit à des forces aussi mesquines.

XXXVII

Est-ce que Panthée[1], ou Pergame[2], peuvent demeurer éternellement sur le tombeau de leur maître ? Est-ce que Chabrias[3] ou Diotimus[4] sont toujours sur le tombeau d’Adrien ? Quel ridicule ! Eh quoi ! y fussent-ils à demeure fixe[5], est-ce que les morts le sentiraient ? Et si les morts le sentaient, serait-ce un plaisir pour eux ? Et si c’était un plaisir, en seraient-ils pour cela rendus immortels ? Est-ce que le destin n’avait pas voulu que d’abord ils devinssent, les uns et les autres, des vieillards, ou des vieilles, pour mourir ensuite ? Et les maîtres une fois morts,

  1. Panthée. Maîtresse de Lucius Vérus, qui l’avait ramenée de Smyrne à Rome, et qui la traitait en véritable impératrice, par le luxe sans bornes dont il l’entourait. Dans le dialogue intitulé « Les Portraits », Lucien fait de la beauté de Panthée une description enthousiaste. Voir ce dialogue, et ch. X particulièrement.
  2. Pergame. Affranchi de Lucius Vérus.
  3. Chabrias. Personnage inconnu.
  4. Diotimus. Ce personnage, aussi inconnu que Chabrias, a déjà été nommé plus haut, § 25.
  5. Y fussent-ils à demeure fixe. Comme des statues qui