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la guerre des boutons


les copains, prudents, les avaient tous soigneusement et subrepticement ramassés et cachés au plus profond de leurs poches. Impossible au maître de reconnaître la nature et la quantité des fameux boutons, de sorte qu’il resta dans le doute.

Mais en regagnant sa place, sans doute pour se venger, la vieille rosse ! il déchira en deux la belle image de la Marie Tintin, et Lebrac en devint pourpre de rage et de douleur. Négligemment le maître en laissa tomber un à un les deux débris dans sa corbeille à papier et reprit sa leçon interrompue.

La Crique, qui savait à quel point Lebrac tenait à son image, laissa fort opportunément tomber son porte-plume et, se baissant pour le ramasser, chipa prestement les deux précieux morceaux qu’il cacha dans un livre.

Puis, voulant faire plaisir à son chef, il recolla en cachette, avec des rognures de timbre-poste, les deux fragments désunis et, à la récréation même, les remit à Lebrac qui, surpris au suprême degré, faillit en pleurer de joie et d’émotion et ne sut comment remercier ce bon La Crique, ce vrai copain.

Mais l’affaire de la retenue était bien embêtante tout de même.

– Pourvu qu’il ne dise rien chez nous, pensait Tintin, et il confia son angoisse à Lebrac.

– Oh ! fit le chef, il n’y veut plus penser. Seu-