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la guerre des boutons


aller de ses six coups chaque fois que l’autre tenterait la moindre secousse.

De fait, Lebrac n’était pas homme à se tenir comme ça : bientôt ses fesses furent bleues de coups de baguette tant qu’à la fin il dut bien se tenir tranquille.

– Ramasse, cochon ! disait Migue la Lune. Ah ! tu voulais me couper le zizi et les couilles. Eh bien ! si on te les coupait, à toi, maintenant !

Ils ne les lui coupèrent point, mais pas un bouton, pas une boutonnière, pas une agrafe, pas un cordon, n’échappa à leur vigilance vengeresse, et Lebrac, vaincu, dépouillé et fessé, fut rendu à la liberté dans le même état piteux que Migue la Lune cinq jours auparavant.

Mais le Longeverne ne pleurnichait pas comme le Velrans ; il avait une âme de chef, lui, et s’il écumait de rage intérieure, il semblait ne pas sentir la douleur physique. Aussi, dès que débâillonné, il n’hésita pas à cracher à ses bourreaux, en invectives virulentes, son incoercible mépris et sa haine vivace.

C’était un peu trop tôt, hélas ! et la horde victorieuse, sûre de le tenir à sa merci, le lui fit bien voir en le bâtonnant de nouveau à trique que veux-tu et en le bourrant de coups de pieds.

Alors Lebrac, vaincu, gonflé de rage et de désespoir, ivre de haine et de désir de vengeance,