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CONTES DES FÉES.

dait, plus honteuse qu’on ne peut dire. Ce fut bien pis, car, en voyant la robe couleur du soleil, elle devint rouge de colère. Oh ! pour le coup, ma fille, nous allons mettre l’indigne amour de votre père à une terrible épreuve. Je le crois bien entêté de ce mariage, qu’il croit si prochain ; mais je pense qu’il sera un peu étourdi de la demande que je vous conseille de lui faire : c’est la peau de cet âne qu’il aime si passionnément, et qui fournit à toutes ses dépenses avec tant de profusion ; allez, et ne manquez pas de lui dire que vous désirez cette peau. L’infante, ravie de trouver encore un moyen d’éluder un mariage qu’elle détestait, et qui pensait en même temps que son père ne pourrait jamais se résoudre à sacrifier son âne, vint le trouver et lui exposa son désir pour la peau de ce bel animal. Quoique le roi fût étonné de cette fantaisie, il ne balança pas à la satisfaire. Le pauvre âne fut sacrifié, et la peau galamment apportée à l’infante, qui, ne voyant plus aucun moyen d’éluder son malheur, s’allait désespérer, lorsque sa marraine accourut. Que faites-vous ? ma fille, dit-elle, voyant la princesse arrachant ses cheveux et meurtrissant ses belles joues ; voici le moment le plus heureux de votre vie.

Enveloppez-vous de cette peau, sortez de ce palais et allez tant que la terre pourra vous