Page:Perrault - Contes des fées, 1886.djvu/92

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
92
CONTES DES FÉES.

— Il n’y a rien, madame, qui marque davantage qu’on a de l’esprit que de croire n’en pas avoir ; et il est de la nature de ce bien-là que plus on en a, plus on croit en manquer.

— Je ne sais pas cela, dit la princesse, mais je sais bien que je suis fort bête, et c’est de là que vient le chagrin qui me tue.

— Si ce n’est que cela, madame, qui vous afflige, je puis aisément mettre fin à votre douleur.

— Et comment ferez-vous ? dit la princesse.

— J’ai le pouvoir, madame, dit Riquet à la Houppe, de donner de l’esprit autant qu’on en saurait avoir à la personne que je dois aimer le plus ; et comme vous êtes, madame, cette personne, il ne tiendra qu’à vous que vous n’ayez autant d’esprit qu’on en peut avoir, pourvu que vous vouliez m’épouser. »

La princesse demeura tout interdite et ne répondit rien.

« Je vois, reprit Riquet à la Houppe, que cette proposition vous a fait de la peine, et je ne m’en étonne pas ; mais je vous donne un an tout entier pour vous y résoudre. »

La princesse avait si peu d’esprit, et en même temps une si grande envie d’en avoir, qu’elle s’imagina que la fin de cette année ne viendrait jamais : de sorte qu’elle accepta la proposition qui lui était faite. Elle n’eut pas