Page:Petit - De la vipère et des moyens de remédier à sa morsure.djvu/16

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l’on avait calfeutré avec soin toutes les ouvertures de la salle. Un grand feu brûlait dans l’âtre, et, pour l’alimenter toute la nuit, on avait entassé dans un coin une montagne de fagots et de genêts.

Au moment où le marié, qui était bon chanteur, allait entonner le premier couplet d’une ronde interminable, un grand bruissement se fit entendre dans les feuilles et les branches sèches ! L’assistance crut que c’était une nichée de rats et les quolibets se mirent à pleuvoir. Le marié furieux, s’approcha et tira brusquement les branches des fagots : quelque chose sauta en bas, puis autre chose encore, puis dix, puis vingt… La salle était pleine de vipères qui, réveillées par la chaleur et effarées par le bruit, couraient dans tous les sens en sifflant et en cherchant une issue ! Qu’on juge de l’épouvante générale : c’était un danger affreux ! Heureusement qu’il n’y avait là que de robustes paysannes qui ne se trouvèrent pas mal, et que les spectateurs eurent l’heureuse idée de monter sur la table pèle-mêle avec les plats et de renverser les bancs sur lesquels ils étaient assis. À cette hauteur, ils étaient à l’abri comme sur un îlot, et ils voyaient sans crainte le flot de vipères rouler autour d’eux sans pouvoir les atteindre.

Enfin une fille de ferme qui était restée au dehors entendit leurs appels réitérés, et sur l’ordre de son maître, ouvrit les fenêtres et les portes ; le froid qui pénétra eut bien vite calmé l’agitation des vipères qui rentrèrent successivement dans leurs fagots qu’on jeta dans la cour. En les défaisant le lendemain, on y trouva plus de trente de ces reptiles engourdis, et qui, repliés sur eux-mêmes, ne formaient qu’une grosse boule hideuse !

C’est surtout dès les premiers beaux jours du printemps, dans la matinée, qu’on les voit recevoir la bénigne influence