Page:Petitot - Collection complète des mémoires relatifs à l’histoire de France, 1re série, tome 2.djvu/116

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TABLEAU

rendre presque imprenables les villes de Césarée, de Jaffa et de Sidon. Le Vieux de la Montagne, profitant de sa foiblesse apparente, lui fit faire de nouvelles menaces ; mais les chevaliers du Temple et de l’Hôpital, ayant dit à l’ambassadeur qu’ils le jeteroient dans la mer, s’il insistoit, et cet envoyé ayant rendu compte à son maître de la réception qu’on lui avoit faite, ce prince si redoutable pour ceux qui le craignoient admira le courage du Roi, et lui envoya des présens.

Pendant son séjour en Syrie, la reine Blanche le conjura souvent de revenir. Ébranlé par ces instances d’une mère chérie, mais tenant beaucoup à terminer ce qu’il avoit entrepris, il réunit un grand conseil et mit l’affaire en délibération. Plusieurs chevaliers, fatigués d’une si longue guerre, furent d’avis de partir pour la France ; Joinville et quelques seigneurs soutinrent courageusement l’opinion contraire, qui fut adoptée par le Roi : on se contenta de renvoyer près de Blanche les comtes de Poitiers et d’Anjou.

Cependant la maladie contagieuse qui, en Égypte, avoit fait perdre tant de monde, exerça encore ses ravages en Syrie. Louis n’en fut pas atteint, quoiqu’il ne passât point de jour sans soigner lui-même les malades, et sans présider aux derniers devoirs qu’on rendoit aux morts. Quelques chevaliers montroient de la répugnance à partager ces tristes soins auxquels il consacroit les intervalles de repos que lui laissoit la guerre. « Ils ont souffert la mort, répondoit-il, en montrant les corps inanimés des victimes de la contagion nous pouvons bien souffrir quelque chose pour eux. N’ayez point de dégoût en les approchant ; ils sont martyrs, et en paradis. »