Page:Petitot - Collection complète des mémoires relatifs à l’histoire de France, 1re série, tome 2.djvu/118

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TABLEAU

ayant pris avec lui l’archevêque de Tyr, et Geoffroy de Beaulieu, confesseur de Louis, alla trouver ce prince, et lui dit qu’il avoit à lui parler en particulier. Son air triste troubla le Roi, qui le conduisit de chambre en chambre jusqu’à sa chapelle. Il en ferma la porte, et s’assit devant l’autel. Le légat commença par lui rappeler les bienfaits que Dieu avoit répandus sur sa jeunesse, principalement en lui donnant une mère qui l’avoit élevé saintement, et dont la fermeté et la constance avoient sauvé le royaume de l’anarchie. Les sanglots interrompirent le légat, et Louis ne put plus douter de la mort de Blanche. Alors il se mit à genoux devant l’autel, et fondit en larmes. « Mon Dieu, dit-il, je vous rends grâce de m’avoir conservé ma mère jusqu’à ce jour, et de ce que vous l’avez rappelée dans votre sein pour la faire jouir du bonheur éternel. O mon Dieu, il est bien vrai que j’aimois ma mère plus que toutes les autres créatures ; mais que votre volonté soit faite, et que votre nom soit béni. » Le légat, après avoir fait la recommandation de l’ame, laissa Louis avec son confesseur : ils prièrent et pleurèrent ensemble. Quelques jours après, le Roi se montra aux seigneurs, et donna les ordres pour revenir en France.

La reine Marguerite partagea la douleur de son époux, quoiqu’elle fût peu attachée à Blanche, dont elle avoit eu à se plaindre ; elle gémissoit de ce que Louis étoit inconsolable, et s’inquiétoit surtout de ce que la jeune Isabelle, sa fille, étoit tombée, par la mort de la Reine mère, sous la garde des hommes. Marguerite avoit supporté les fatigues d’un si long voyage avec un courage extraordinaire. Douée d’un