Page:Petitot - Collection complète des mémoires relatifs à l’histoire de France, 1re série, tome 2.djvu/320

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mal parlé. Et le Roy me fist demourer tout coy, et me va dire : « Venez ça, sire de Jonville, comment avez-vous esté si hardy de me conseiller sur tout le conseil des grans personnages de France, vous qui estes jeune homme, que je doy demorer en ceste terre ? » Et je lui respondy, que si je l’avois bien conseillé, qu’il creust à mon conseil ; et si mal le conseilloie, qu’il n’y creust mie. Et il me demanda, s’il demouroit, si je vouldrois demourer avecques lui. Et je lui dis que ouy certes, fust à mes despens ou à autrui despens. Et lors le Roy me dist que bon gré me savoit de ce que je lui avois conseillé sa demeure, mais que ne le deisse à nully. Dont toute celle sepmaine je fu si joieux de ce qu’il m’avoit dit, que nul mal ne me grevoit plus. Et me deffendois hardiement contre les autres seigneurs, qui m’en assailloient. Et sachez qu’on appelle les païsans de celle terre poulains[1]. Et fut adverty messire Pierre d’Avallon, qui estoit mon cousin, qu’on me appelloit poulain, pour ce que j’avoie conseillé au Roy sa demeure avecques les poulains. Si me manda mon cousin, que je m’en deffendisse contre ceulx qui m’y appelleroient, et que je leur disse que j’amois mieulx estre poulain que chevalier recreu[2] comme ilz estoient.

La sepmaine passée, que fusmes à l’autre dimanche, tous retournasmes devers le Roy. Et quant tous fusmes présens, il commença à soy seigner du signe de la croix ; et disoit que c’estoit l’enseignement de sa

  1. Poulains : ce nom étoit donné à celui qui étoit né d’un Syrien et d’une Européenne. On croit qu’il tire son origine de la Pouille. Plusieurs femmes de ce pays s’éloient élablies dans la Palestine.
  2. Chevalier recreu : chevalier qui se confesse vaincu.