Page:Petitot - Collection complète des mémoires relatifs à l’histoire de France, 1re série, tome 3.djvu/53

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DES MANUSCRITS ARABES.

cause. Elle ne resta pas impunie, et Nedjm-Eddin indigné, fît étrangler cinquante des principaux officiers. Après cet exemple il se rendit à Mansoura, malgré le triste état où sa santé étoit réduite, et tâcha de fortifier cette place le mieux qu’il lui fut possible. Cependant la maladie de ce prince empira, et il mourut le 14 de la lune de Ramadan l’année 647 de l’hégire [1249]. L’arrivée des Français en Égypte, et la crainte qu’ils ne profitassent de la mort du Sultan pour pousser leurs conquête, furent cause qu’elle fut tenue secrette. La sultane Chegeret-Eddur son épouse n’en fit part qu’à l’émir Fakreddin et à l’eunuque Djemal-Eddin-Muhsun ; l’on expédia un courrier à Touran-Chah pour lui apprendre la mort de son père, et l’engager à se rendre promptement au Caire : cependant les ordres continuoient à s’expédier dans toute l’Égypte au nom du sultan Nedjm-Eddin, comme s’il eût été encore vivant.

Malgré toutes ces précautions les Français furent instruits de la mort du Sultan ; ils sortirent de Damiette et vinrent camper à Fariskour : la mort du Sultan n’étant plus un mystère pour ceux à qui l’on avoit tant d’intérêt de la cacher, on en fit part aux habitans du Caire, et on leur marqua en même temps que l’ennemi approchoit ; la lettre fut lue dans la chaire de la grande Mosquée ; la consternation fut générale ; l’on n’entendoit, dans l’assemblée, que soupirs et sanglots ; et il sembloit que l’ennemi fût aux portes de la ville ; personne ne doutoit que l’Égypte, privée de son roi ne devînt la conquête des Chrétiens : on leva des troupes dans le Caire, on en fit venir de toutes les places de l’Égypte, et on les rassembla hors de la ville.