Page:Pierre de Coubertin - L’Éducation anglaise en France, 1889.djvu/179

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
159
au loin !

du monde ! Et la Chine ! a-t-elle des colonies ? Comme État elle est incapable d’en posséder et cependant son expansion nous inquiète ; nous voyons un danger pour l’avenir dans l’incessant envahissement de cette colossale agglomération d’hommes. Continuons d’envahir par la pensée, c’est une mission glorieuse ; mais tâchons d’envahir d’une manière plus effective et, au lieu de laisser à la poste et au télégraphe le soin de colporter nos idées, portons-les nous-mêmes aux quatre coins du globe… Je vous vois sourire parce que vous devinez ma conclusion : l’éducation anglaise accomplira ce phénomène. C’est en effet mon espérance. Non pas qu’elle puisse suppléer à d’autres remèdes plus profonds et plus efficaces — la réforme des lois de succession, par exemple, qu’il faudra encore bien du temps pour obtenir ; mais elle rendra son libre essor à cette impatience juvénile dont je parlais tout à l’heure et que l’éducation actuelle étouffe si imprudemment. La colonisation cessera d’être l’apanage de quelques aventuriers sans ressources : considérée comme une véritable carrière, elle deviendra le but de beaucoup de nobles et louables ambitions. Voilà ce que nous pouvons espérer voir dans une vingtaine d’années si la France adopte sagement et progressivement, mais franchement aussi, les idées nouvelles qui lui sont suggérées en matière d’éducation.