Page:Pierre de Coubertin - L’Éducation anglaise en France, 1889.djvu/178

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
158
projets et espérances

Ils sont en France, où ils ont reçu une éducation casanière ; en France, d’où rien ne les pousse à sortir et où la loi a pris soin d’assurer leur avenir en réglant d’avance l’héritage auquel ils ont droit ; et là ils font travailler leur intelligence qui seule a été formée et ils entassent des découvertes que les autres exploitent, et des écrits dont les autres profitent ; ce n’est ni d’inventions ni de style que les colonies ont besoin, c’est de bras. Sans doute cette domination scientifique et littéraire, ce rayonnement de l’âme d’un peuple sont choses précieuses à entretenir ; mais il faut vivre et l’on ne se nourrit pas de l’air du temps ; il faut même s’enrichir, sans quoi l’on s’appauvrit, et la pauvreté mène à la servitude. Voyez, la chasse à la fortune existe partout ; que ses inconvénients dépassent ses avantages, libre à vous de le penser ; mais c’est une nécessité du temps actuel et force est bien de l’admettre ; si le présent est encore au plus fort, l’avenir est au plus riche. Et ce n’est pas seulement l’émigration dans nos propres colonies qui fait défaut, c’est l’émigration chez les autres. L’Allemagne n’a point encore d’empire colonial, mais elle a ce qui vaut mieux, une multitude de colons ; aux États-Unis, il faut compter avec eux ; chaque année voit s’accroître leur nombre et se consolider leurs capitaux ; jusque dans les îles de l’Océanie résonne aujourd’hui le ia germanique ; la choucroute fait le tour