Page:Pierre de Coubertin - L’Éducation anglaise en France, 1889.djvu/18

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
xii
préface

ouvriers à côté de lui faisaient des grèves pour réduire le travail de la journée à dix heures, à huit heures, à sept heures : mais lui, pauvre diable, on lui laissait par grâce une demi-heure de loin en loin. Il avait, le soir, après les études du matin et cinq heures de classe, une étude de trois heures consécutives assis sur son banc, sans pouvoir parler ni bouger, sous peine de pensum. Cela durait ainsi tout le printemps de la vie avec nouveaux amoncellements de marchandises chaque année jusqu’au baccalauréat et au concours pour les écoles. Le candidat arrivait alors devant ses juges, soufflant, anhélant, n’en pouvant plus, toussant entre chaque parole, avec une figure hâve et un regard triste, et il écoulait les produits dont on l’avait chargé. Reçu ! il est reçu ! Le père ne se sent pas de joie. Son fils est bachelier ! Il est à l’école ! C’est à cela qu’il travaille jour et nuit depuis douze ans.

Mais conduis-le donc dans la chambre à côté, ton bachelier, fais-le ausculter par un médecin. Sache où il en est de ses poumons. Fais-lui lever les bras armés d’un haltère ; fais-lui plier les jarrets ; sache un peu s’il a des muscles. Cause avec lui pour vérifier s’il a gardé quel-