Page:Pierre de Coubertin - L’Éducation anglaise en France, 1889.djvu/181

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au loin !

Aymard aidant, je me représente mes amis assis gravement autour du feu du Conseil, buvant dans un crâne et fumant le calumet de la paix en compagnie du Chien-qui-tette, du Nuage Ondoyant et du Grand Serpent.

Quand la mauvaise saison est venue, allongeant les soirées, ou bien que le travail a pour une cause quelconque subi un temps d’arrêt, les lettres s’allongent aussi et on y parle de la France avec un amour profond et vrai ; les jeunes absents en causent fièrement et tendrement ; ils sentent qu’ils travaillent pour elle par le seul fait de leur exil ; seulement ils envisagent les nouvelles que les journaux leur apportent d’une façon qui surprend ; certains faits auxquels nous avons découvert une portée énorme ne les arrêtent même pas et, à l’inverse, d’autres que nous traitons d’insignifiants leur paraissent de la plus haute importance… et presque toujours, au moins dans les grandes lignes, c’est leur point de vue qui est le vrai. Il y a des Européens qui se trouvent chez eux partout : véritables cosmopolites dont la patrie est en quelque sorte indistincte ; ils l’oublient pendant longtemps et pour un rien l’oublieraient définitivement. Les Français qui vont au loin n’ont pas ce défaut : l’éducation ou bien une énergie naturelle les mettent à l’abri de ces faiblesses qu’on nomme le mal du pays, mais Français ils restent de cœur et d’idées. Je parle bien