Page:Pierre de Coubertin - L’Éducation anglaise en France, 1889.djvu/212

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projets et espérances

geant des idées ; c’est le propre des gens d’âge et d’expérience de pouvoir discuter paisiblement sur des sujets qu’ils envisagent au rebours l’un de l’autre. Or le terrain des jeux est, avec celui des armes, le seul où nos jeunes gens ont pu jusqu’ici se rapprocher… Sur celui des armes ils s’entendent à merveille ; il en sera de même sur celui des jeux. Je ne m’inquiète pas le moins du monde des opinions politiques de mon partenaire dans un match de lawn-tennis et l’idée ne m’est jamais venue de demander à quelqu’un, avant de croiser le fer avec lui, quelle était sa religion. Il en est de même en Angleterre aujourd’hui et j’imagine que dans l’ancienne Grèce les choses ne se passaient pas autrement.

Que voulez-vous ? C’est un peu naïf aussi ! Vous menez d’emblée vos Français à la conférence Molé et vous êtes étonnés qu’ils se disent des injures ! (Encore ils y sont plus tolérants qu’à la Chambre !) Menez-les d’abord sur la Marne ramer de compagnie et il y a cent à parier que vous arriverez très vite à faire figurer dans la même équipe les fils des plus acharnés adversaires qui prennent part aux batailles politiques ; chacun gardera ses principes, ses opinions et ses idées personnelles sur la manière de diriger le navire de l’État, lequel ne se conduit pas comme une yole ou un outrigger… Au lieu de combats oratoires d’où l’on sort avec un