Page:Pierre de Coubertin - L’Éducation anglaise en France, 1889.djvu/225

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duit dans les villes, dans les campagnes et jusque dans les colonies ; elle organise une agitation en faveur de ces exercices, elle tend à créer des commissions locales, elle se démène, elle part en guerre, elle a des réminiscences des jeux Olympiques et des visions de solennités au pied de la tour Eiffel, où le chef de l’État déposera sur le front des jeunes athlètes une couronne de laurier. Et puis en même temps on parle de la défense militaire, on déclare ne pas vouloir exercer d’action politique « en dehors de l’objet propre de la Ligue ». — Tout cela, c’est beaucoup ; c’est même trop ! Les bonnes volontés auxquelles on adresse un chaleureux appel se grouperont nombreuses, mais mal éclairées, et il est bien à craindre que, dans ce grand mouvement, la réforme de notre éducation ne s’opère tout autrement qu’il eût fallu ; on a voulu faire le pendant de la Ligue de l’enseignement : plaise à Dieu qu’on ne fasse pas la Ligue des petits patriotes ; elle serait encore pire que celle des grands.

Oh ! il n’est pas question d’afficher sur les murs : « La maison n’est pas au coin du Quai ; la véritable éducation est l’éducation Jules Simon. » — Nous nous garderons de rien faire qui puisse compromettre la cause que nous servons ; le Comité se séparerait même à l’instant s’il croyait sa présence nuisible au succès de cette cause ; mais, au contraire, il veut continuer à représenter la réforme pédagogique que la Ligue met de côté ; à propager les principes de liberté et de responsabilité qui doivent être la base de toute éducation vraiment digne de ce nom, et à les propager par les exercices physiques librement pratiqués. Vivent le muscle et la volonté ; mais à bas le militarisme et les bataillons scolaires. Cette funeste préoccupation se fait jour partout aujourd’hui : préparer les jeunes gens, les enfants à leurs années de caserne, les préparer à l’obéissance, à la passivité, les préparer « à leurs devoirs envers la République », —