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histoire des exercices sportifs

térieurs » n’étaient intervenus. D’abord la Renaissance qui surexcita la haute classe, détourna les uns vers le culte exclusif des choses de l’Esprit et les autres vers les élégances mièvres de la vie de cour. Puis une certaine fatigue musculaire s’était sans doute emparée de tous après s’être emmagasinée pendant cette période de vie physique intense. Enfin et surtout le démocratisme méconnu et pourtant si réel du moyen âge céda la place à des mœurs différentes[1].

Or l’armature de la sportivité moyenâgeuse était essentiellement démocratique[2]. Le chevalier, noble ou anobli, avait beau en être la figure la plus caractéristique et représentative, les sports mêmes dans lesquels il excellait avaient leurs racines dans le sol. C’est la passion populaire, franche et saine, qui les alimentait. Le peuple écarté et détaché, ils devaient s’affadir et se faner.

Si l’on compare, sous le rapport sportif, le moyen-âge avec l’antiquité, c’est cette différence fondamentale qui s’affirme tout d’abord. Il y en a d’autres. L’athlétisme antique s’est affaibli par un spécialisme outrancier ; celui du moyen-âge est demeuré jusqu’au bout éclectique en ses goûts et ses habitudes. Il n’a

  1. Aux États généraux de 1484, on entendit en France un député de la noblesse dire que « la royauté est un office, non un héritage et l’État, la chose du peuple, c’est-à-dire de l’universalité des habitants du royaume » de sorte qu’un Édit ne « prend force de loi que par la sanction des États généraux ». Or en 1614 les nobles déclarent « qu’il y a autant de différence entre eux et le Tiers qu’entre maître et valet ». Toute l’évolution entre les deux époques s’inscrit dans le rapprochement de ces deux faits.
  2. Il y a vingt ans dans mes Notes sur l’Éducation publique, j’avais soutenu à tort la thèse inverse.