Page:Pierron - Histoire de la littérature grecque, 1875.djvu/104

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quand nous voulons, dire la vérité pure. » Ainsi parlèrent les éloquentes filles du grand Jupiter. Et elles me donnèrent pour sceptre un magnifique rameau de vert laurier qu’elles venaient de cueillir ; et elles soufflèrent en moi un chant divin, afin que je célébrasse et l’avenir et le passé ; et elles me commandèrent de chanter la race des bienheureux immortels, et de les prendre toujours elles-mêmes pour l’objet de mes premiers et de mes derniers chants 03. »

Les Béotiens du temps d’Hésiode étaient probablement un peu moins grossiers qu’il ne se plaît à le dire. La forte race qui était venue, après la guerre de Troie, des plaines de la Thessalie dans les contrées voisines de l’Hélicon, n’était dénuée ni d’intelligence, ni même d’aptitude littéraire. Le culte qu’elle rendait aux Muses atteste que les plaisirs sensuels ne tenaient pas seuls place dans sa vie. Elle dut avoir plus d’un aède avant qu’Hésiode chantât les travaux des hommes et les généalogies des dieux. Le poète d’Ascra n’est point un phénomène isolé dans son histoire. Les Oeuvres et Jours et la Théogonie ne s’expliquent bien qu’en supposant une école de chantres nationaux, précurseurs d’Hésiode, et qui lui ont légué, avec les secrets de l’art, quelques-unes de ces traditions, de ces inventions poétiques, si différentes de tout ce que nous connaissons, et qui font un des caractères particuliers de la poésie d’Hésiode. La victoire remportée par lui à Chalcis sur quelque poète béotien, ou du moins éolien, prouve qu’il n’y avait pas cette pénurie d’hommes adonnés aux travaux de l’esprit, que ferait supposer la rude apostrophe des Muses.

Les Béotiens ne furent point les derniers parmi les Grecs à rendre des honneurs publics à la mémoire d’Hésiode. Ils lui élevèrent une statue à Thespies et une autre sur l’Hélicon. On visitait Orchomène pour admirer le tombeau d’Hésiode. Les os du poète avaient été transportés dans cette ville sur une injonction de l’oracle d’Apollon, dans un temps où les Orchoméniens étaient affligés d’une maladie contagieuse. La présence de ces restes vénérés devait, suivant le dieu, faire cesser le fléau. D’après la tradition, Hésiode aurait été