Page:Pierron - Histoire de la littérature grecque, 1875.djvu/347

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Eschyle et Sophocle y tempère l’odieux de son acharnement contre Euripide.

Eschyle, Euripide et Sophocle sont morts, Agathon a quitté Athènes. Bacchus, dégoûté des tragédies qu’on joue dans ses fêtes, va aux enfers chercher un tragique digne de lui. Il part, travesti en Hercule, mais non pas armé du courage que suppose un tel nom. Son esclave Xanthias, monté sur un âne, n’est ni moins poltron ni moins amusant. Après avoir traversé le Styx au milieu des grenouilles coassantes, Bacchus arrive aux enfers. Il y trouve tout en émoi. Euripide y disputait le trône de la tragédie, occupé depuis longtemps par Eschyle. Eschyle défendait avec une vigueur invincible sa domination menacée. Bacchus assiste en juge à ce grand débat. Il fait exposer aux deux parties tous leurs arguments ; puis, sur l’invitation de Pluton, il prononce la sentence. C’est à Eschyle que Bacchus décerne l’empire ; c’est lui qu’il emmène sur la terre. Euripide n’a pas même la satisfaction de remplir aux enfers l’interrègne. Pendant l’absence d’Eschyle, le sceptre tragique restera aux mains de Sophocle.

La dernière pièce dont il nous resté à parler, les Oiseaux, est de l’an 415. Deux Athéniens, Pisthétère et Evelpide, quittent l’espèce humaine, pour aller vivre parmi les oiseaux. Ceux-ci veulent se venger sur les deux arrivants des injures que leur ont faites les hommes. Les deux Athéniens se tirent d’affaire, en démontrant à la gent emplumée sa supériorité sur tous les êtres vivants. Ils persuadent aux oiseaux de bâtir une grande ville dans les airs ; et bientôt accourent dans le nouvel État toutes sortes d’hôtes non conviés, prêtres, devins, poètes, législateurs, etc. On les renvoie chacun chez eux. On crée des dieux à l’image des oiseaux, et on bloque l’ancien Olympe, afin que l’odeur des offrandes n’y parvienne plus. Les anciens dieux, réduits à l’extrémité, sont forcés d’en passer par les conditions qu’on leur pose, et l’empire du monde reste aux oiseaux.

Cette espèce de féerie, où le poète transforme tout et dispose à son gré de l’univers ; cette satire universelle, qui a tant de buts qu’elle n’en a pas ; cette merveille fantastique, où la raison trouve sans cesse à applaudir, est la plus charmante