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CHAPITRE II.

l’Œchalien Eurytus, mirent fin ses chants ; car il s’était vanté présomptueusement de vaincre, fût-ce les Muses elles-mêmes qui chantassent, les filles de Jupiter qui tient l’égide. Elles, irritées contre lui, le rendirent idiot ; elles lui ravirent son chant divin, et lui firent oublier l’art de jouer de la cithare[1]. » Thamyris était fils, suivant quelques-uns, de Philammon. Il faut l’entendre probablement au sens spirituel : Thamyris le disciple, Philammon le maître. Mais Thamyris n’avait emprunté à Philammon que les secrets de la science poétique et musicale, et il portait sans doute à la cour du roi d’Œchalie des chants d’un caractère plus mondain, si j’ose ainsi dire, que les hymnes en l’honneur de Latone et de ses enfants. Thamyris est le lien qui rattache aux anciens aèdes religieux ceux que j’appelle les aèdes épiques, ces maîtres ou du moins ces précurseurs d’Homère.


Phémius.


Phémius, l’aède que les poursuivants de Pénélope forçaient de chanter dans leurs banquets, n’a rien du prêtre d’autrefois que la cithare et la voix harmonieuse. C’était certainement un aède épique, celui dont Homère parle ainsi : « Pour eux chantait un illustre aède, et eux l’écoutaient assis en silence. Il chantait le funeste retour des Achéens, quand ils revinrent de Troie, en butte au courroux de Pallas Athéné. » Le chant divin va saisir, à l’étage au-dessus, l’attention de la fille d’Icarius, de la sage Pénélope. Elle descend le haut escalier de son appartement ; derrière elle marchent deux de ses suivantes. Arrivée près des prétendants, la femme divine entre toutes s’arrête sur le seuil de la salle artistement construite, et se couvre les joues de son voile brillant… Puis, tout en pleurs, elle s’adresse à l’aède inspiré : « Phémius, tu sais bien d’autres récits propres à charmer les mortels, ces actions des guerriers que célèbrent les aèdes. Chantes-en quelqu’une à tes auditeurs, et qu’ils boivent leur vin en

  1. Iliade, chant II, vers 694 et suivants.