Page:Pierron - Histoire de la littérature grecque, 1875.djvu/571

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plus brillant et le plus profond monument du néo-platonisrne. Non seulement la pensée alexandrine n’a jamais dépassé le point où l’a élevée Plotin dans ses Ennéades, mais encore elle s’est maintenue rarement à cette hauteur, sous les philosophes qui lui ont succédé. »

Les Ennéades forment une sorte d’encyclopédie philosophique, qui débute par la psychologie, la morale, la physique, et qui finit par la théologie. C’est le platonisme élargi, et embrassant dans ses vastes proportions toutes les idées qui appartiennent à la doctrine universelle du genre humain, tout ce que Plotin reconnaissait comme vrai dans toutes les sectes, dans tous les systèmes, dans toutes les religions. Cet éclectisme est un peu confus, et s’égare quelquefois, abusé par de faux semblants d’analogies : d’ailleurs, la concordance des doctrines n’est souvent qu’une pure illusion. Mais la source principale des erreurs de Plotin et de ses successeurs, c’est ce mysticisme qui leur faisait admettre une faculté instinctive supérieure à la raison, et capable de nous élever, par l’enthousiasme et l’extase, à l’intuition directe de l’unité suprême. Plotin lui-même n’a pas su s’arrêter sur cette pente dangereuse. Mais ce n’est point à nous de signaler les écarts où l’ont entraîné ses élans mystiques. Je remarquerai seulement l’altération fâcheuse que le philosophe alexandrin a fait subir à la doctrine de Platon sur le beau. Plotin nous condamne à une contemplation stérile de la beauté en soi, et il nous arrête, comme un critique le dit avec raison, dans une sorte de quiétude extatique. Ce n’est plus cette fécondation de l’âme, cette provocation à l’épanchement des belles pensées et des belles œuvres, cet enthousiasme créateur qu’allume en nous, suivant Platon, le beau envisagé face à face.


Longin

Un seul philosophe, dans l’école d’Alexandrie, resta fidèle aux pures traditions platoniciennes : c’est l’auteur du traité du Sublime. Peut-être est-ce à cette répugnance pour les tendances mystiques de ses contemporains, que Longin dut d’être relégué dédaigneusement parmi les sophistes et les rhéteurs.