Page:Pierron - Histoire de la littérature grecque, 1875.djvu/572

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Plotin lui refusait le titre de philosophe. C’était pourtant un philosophe très distingué, en même temps qu’un habile écrivain. Il avait rédigé des commentaires estimés sur le Phédon et sur le Timée, et composé plusieurs autres ouvrages, non moins remarquables par la justesse et l’élévation des idées que par les brillantes qualités du style. C’était un esprit sain et vigoureux, et capable de grandes choses. On sait qu’il fut te ministre de la reine Zénobie, et qu’Aurélien le fit mettre à mort, après la prise de Palmyre. Il était de quelques années plus jeune que Plotin, et il avait suivi avec lui les leçons d’Ammonius Saccas.

Le traité du Sublime est le seul écrit de Longin dont nous ayons autre chose que des fragments. C’est l’œuvre d’un vrai philosophe. Les sophistes et les rhéteurs n’ont jamais rien laissé qui vaille la moindre page de cet excellent petit livre. Ce n’est pas Longin qui se fût avisé de réduire l’éloquence à des formules matérielles, et la poésie à la versification. Les sophistes les plus habiles à construire des périodes ne sont point des Démosthènes à ses yeux, ni les plus savants mesureurs de dactyles et de spondées des Hésiodes et des Homères. Il montre que le sublime ne naît point du choc et de la combinaison des mots, et que sa source est au plus profond de l’âme, dans les vives émotions, dans les idées nobles et généreuses. Il ne sépare jamais l’art de la nature, l’expression de la pensée, le beau du vrai. Il s’est rarement trompé dans ses jugements littéraires ; et son tact est presque infaillible quand il signale, chez les grands écrivains, et les grandes qualités qui justifient leur renommée, et les défauts dont la nature humaine ne peut guère se préserver, et dont les traces apparaissent jusque dans les plus immortels chefs-d’œuvre.

Longin a au plus haut degré ce don de l’admiration, sans lequel il n’est pas de critique féconde. Il voit le beau partout où il est, sans acception de temps et de pays. Grec, il loue dignement Cicéron ; païen, il emprunte à Moïse un exemple de ce sublime dont il essayait de déterminer les caractères : « Il convie ses lecteurs, dit M. Egger, à l’étude des anciens modèles, comme à une école de vertu et d’éloquence ; et, par