Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/103

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[348c] Protagoras, lui dis-je, ne te figure pas que je dispute avec toi dans un autre dessein que celui d’éclaircir certaines matières, sur lesquelles je suis dans une incertitude continuelle. Je pense qu’Homère a eu grande raison de dire que, [348d] quand deux hommes vont ensemble, l’un découvre avant l’autre ce qu’il y a à voir[1]. En effet, les hommes ont plus de ressources, étant réunis, pour faire, dire et imaginer quelque chose que ce soit ; et lorsque quelqu’un a fait seul une découverte, aussitôt il va cherchant de tous côtés, jusqu’à ce qu’il trouve un homme à qui il puisse la communiquer, et avec lequel il la vérifie. C’est pour cette raison que je m’entretiens volontiers avec toi plutôt qu’avec tout autre, [348e] persuadé comme je suis que tu as parfaitement étudié toutes les matières qu’il convient au sage d’approfondir, et en particulier celle de la vertu. Et quel autre consulterai-je préférablement à toi ? Toi qui te piques d’être homme de bien, non pas à la manière de quelques-uns, qui étant vertueux ne savent apprendre la vertu à personne ; mais qui as le talent de rendre les autres tels que tu es toi-même : et qui as en toi cette confiance que, tandis que ceux qui possèdent le même secret, le cachent avec soin, [349a] toi au contraire tu le publies haute-

  1. lliad. X, v. 224. Voyez le IIe Alcibiade, t. V.