Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/108

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et le courage sont la même chose. Mais en raisonnant de cette manière, tu parviendrais de même à conclure que la vigueur et la sagesse sont la même chose. Car si, en suivant cette marche, tu me demandais d’abord si les gens vigoureux sont [350e] forts, je dirais qu’oui ; ensuite, si ceux qui savent lutter sont plus forts que ceux qui ne le savent pas, et depuis qu’ils ont appris, plus qu’ils ne l’étaient auparavant ; j’en conviendrais encore. Ces choses une fois accordées, il te serait libre de te servir des mêmes argumens, pour conclure que de mon aveu la sagesse est la même chose que la vigueur. Pour moi, je n’accorde ni ici, ni nulle part, que les forts sont vigoureux, mais bien que les vigoureux sont forts : [351a] parce qu’être forts et être vigoureux n’est pas une même chose, et que la force vient de la science, et aussi de la fureur et de la colère ; au lieu que la vigueur vient de la nature et de la bonne constitution du corps. Ici, pareillement, la hardiesse et le courage ne sont pas la même chose : en sorte qu’il est bien vrai que tous les courageux sont hardis, mais qu’il ne l’est pas que les hardis sont tous courageux. Car la hardiesse vient aux hommes, et de l’art et [351b] de la colère et de la fureur, comme la force ; le courage au contraire vient de la nature et de la bonne constitution de l’âme.

Protagoras, lui dis-je, conviens-tu que parmi