Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/107

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Ces gens hardis ne sont-ils pas courageux ?

S’ils l’étaient, Socrate, le courage serait quelque chose de laid, puisque ceux dont il s’agit sont des fous.

Quels sont donc ceux que tu appelles courageux ? Ne disais-tu pas que ce sont les gens hardis ?

Je le dis encore.

[350c] N’est-il pas vrai que ces hommes si hardis ne sont pas courageux, mais insensés, et que les autres qui sont très instruits sont aussi très hardis, et qu’étant très hardis, ils sont très courageux ? d’où il suivrait que la sagesse et le courage sont la même chose.

Socrate, reprit Protagoras, tu ne te souviens pas bien de ce que j’ai dit, et des réponses que je t’ai faites. Tu m’as demandé si les gens courageux sont hardis, je te l’ai accordé ; mais tu ne m’as pas demandé si les gens hardis sont courageux. Si tu m’avais fait cette question, je t’aurais répondu qu’ils [350d] ne le sont pas tous. Tu n’as nullement démontré que les courageux ne sont pas hardis, ce qu’il eût fallu faire pour prouver que j’ai mal accordé ce que j’ai accordé. Au lieu de cela, tu t’arrêtes à faire voir que ceux qui savent sont plus hardis qu’ils ne l’étaient avant de savoir, et que les autres qui n’ont point appris : et tu crois que c’est là une preuve que la sagesse