Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/117

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[354e] un bien, vous pourriez nous le dire. Or, vous ne le pourrez pas.

Tu as raison, répondit Protagoras.

Mais, repris-je, si vous me demandiez vous-mêmes, à votre tour : Pourquoi nous parlez-vous de la même chose depuis si long-temps, et la tournez-vous en tant de manières ? Pardonnez-le-moi, vous dirai-je : car, premièrement, il n’est pas aisé d’expliquer en quoi consiste ce que vous appelez être vaincu par le plaisir ; en second lieu, de ce point dépend tout ce que je veux démontrer. Au reste, il vous est encore libre de revenir sur vos pas, [355a] au cas que vous appeliez bien quelque autre chose que le plaisir, et mal quelque autre chose que la douleur. Êtes-vous contiens, pourvu que vous passiez votre vie dans le plaisir, exempts de toute douleur ? Et si cela vous suffit, s’il n’est aucune chose que vous puissiez dire bonne ou mauvaise, qui ne se termine au plaisir ou à la douleur, écoutez ce qui suit. Car, si cela est ainsi, je soutiens qu’il est tout-à-fait ridicule de dire, comme vous faites, que souvent un homme qui connaît qu’une action est mauvaise, quoiqu’il puisse s’empêcher de la faire, la fait cependant, [355b] étant entraîné et comme étourdi par le plaisir ; et encore qu’un homme, connaissant le bien, ne veut pas le faire, à cause du plaisir présent au-