Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/201

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GORGIAS.

C’est, Socrate, que tous les arts ne s’occupent presque que d’ouvrages de main et d’autres semblables ; au lieu que la rhétorique ne produit rien de pareil, et que tout son effet, toute sa force[1] est dans les discours. Voilà pourquoi je dis que la rhétorique a les discours pour objet ; et je prétends que je dis vrai en cela.


SOCRATE.

Je crois comprendre ce que tu veux désigner par cet art ; mais je verrai la chose plus clairement tout-à-l’heure. Réponds-moi ; il y a des arts, n’est-ce pas ?


GORGIAS.

Oui.


SOCRATE.

Parmi tous les arts, les uns consistent, je pense, principalement dans l’action, et n’ont besoin que de très peu de discours ; quelques-uns même n’en ont que faire du tout : mais leur ouvrage peut s’achever en silence, comme la peinture, la sculpture et beaucoup d’autres. Tels sont,

  1. Toute sa force. Il y a dans le texte ϰύρωσις, qui appartient au dialecte sicilien, tandis que plus bas Socrate se sert du mot attique ϰῦρος. Cette nuance échappe à la traduction.