Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/230

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Gorgias, que la rhétorique a pour objet les discours qui traitent, non du pair et de l’impair, mais du juste et de l’injuste ? N’est-il pas vrai ?


GORGIAS.

Oui.


SOCRATE.

Lors donc que tu parlais de la sorte, je supposais que la rhétorique ne pouvait jamais être une chose injuste, puisque ses discours roulent toujours sur la justice. Mais quand je t’ai entendu dire un peu après que l’orateur pouvait faire un usage injuste de la rhétorique, j’ai été bien surpris, et j’ai cru que tes deux discours ne s’accordaient pas ; c’est ce qui m’a fait dire que si tu regardais, ainsi que moi, comme un avantage d’être réfuté, nous pouvions continuer l’entretien ; sinon, qu’il fallait le laisser là. Nous étant mis ensuite à examiner la chose, tu vois toi-même qu’il a été accordé que l’orateur ne peut user injustement de la rhétorique, ni vouloir commettre une injustice. Et par le chien[1], Gorgias, ce n’est pas la matière d’un petit entretien, que d’examiner à fond ce qu’il faut penser à cet égard.


POLUS.

Quoi donc, Socrate, as-tu réellement de la

  1. Voyez la note de l’Apologie, t.I, p. 73.