Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/297

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que ce n’est qu’un badinage ? Car si c’est tout de bon que tu parles, et si ce que tu dis est vrai, la conduite que nous tenons tous tant que nous sommes, qu’est-ce autre chose qu’un renversement de l’ordre, et une suite d’actions toutes contraires, ce semble, à nos devoirs ?


SOCRATE.

Si les hommes, Calliclès, n’étaient pas sujets aux mêmes passions, ceux-ci d’une façon, ceux-là d’une autre ; mais que chacun de nous eût sa passion qui lui fût propre, il ne serait point aisé de faire connaître à autrui ce qu’on éprouve soi-même. Je parle ainsi, en faisant réflexion que nous sommes actuellement toi et moi dans le même cas, et que tous deux nous aimons deux choses ; moi, Alcibiade fils de Clinias et la philosophie ; toi, le peuple d’Athènes et le fils de Pyrilampe[1]. Je remarque tous les jours que, tout éloquent que tu es, lorsque les objets de ton amour sont d’un autre avis que toi, quelle que soit leur façon de penser, tu n’as pas la force de les contredire, et que tu passes comme il leur plaît du blanc au noir. En effet, quand tu parles au peuple assemblé, s’il soutient que les choses ne sont pas telles que tu dis, tu changes aussitôt

  1. Il y a ici un jeu de mots. Le fils de Pyrilampe se nommait Δῆμος, comme le peuple d’Athènes. Voy. Aristophane, les Guêpes, v. 98.