Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/305

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


vient alors ridicule, Socrate. Pour moi, je suis, par rapport à ceux qui s’appliquent à la philosophie, dans la même disposition d’esprit qu’à l’égard de ceux qui bégaient et s’amusent à jouer. Quand je vois un enfant à qui cela convient encore, bégayer ainsi en parlant et badiner, j’en suis fort aise, je trouve cela gracieux, noble, et séant à cet âge ; tandis que si j’entends un enfant articuler avec précision, cela me choque, me blesse l’oreille, et me paraît sentir l’esclave. Mais si c’est un homme que l’on entend ainsi bégayer ou qu’on voit jouer, la chose paraît ridicule, indécente à cet âge, et digne du fouet. Voilà ce que je pense de ceux qui s’occupent de philosophie. Quand je vois un jeune homme s’y adonner, j’en suis charmé, cela me semble à sa place, et je juge que ce jeune homme a de la noblesse dans les sentimens. S’il la néglige au contraire, je le regarde comme une âme basse, qui ne se croira jamais capable d’une action belle et généreuse. Mais lorsque je vois un vieillard qui philosophe encore, et n’a point renoncé à cette étude, je le tiens digne du fouet, Socrate. Comme je disais en effet tout-à-l’heure, quelque beau naturel qu’ait un pareil homme, il ne peut manquer de tomber au-dessous de lui-même, en évitant les endroits fréquentés de la ville, et les places publiques, où