Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/306

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les hommes, selon le poète[1], acquièrent de la célébrité : et il passe ainsi caché le reste de ses jours à jaser dans un coin avec trois ou quatre enfans, sans que jamais il sorte de sa bouche aucun discours noble, grand, et qui vaille quelque chose. Socrate, je suis de tes bons amis ; voilà pourquoi je suis à ce moment à ton égard dans les mêmes sentimens que Zéthus vis-à-vis de l’Amphion d’Euripide, dont j’ai déjà fait mention : et il me vient à la pensée de t’adresser un discours semblable à celui que Zéthus tenait à son frère. Tu négliges, Socrate[2], ce qui devrait faire ta principale occupation, et tu avilis dans un rôle d’enfant une âme aussi bien faite que la tienne. Tu ne saurais proposer un avis dans les délibérations relatives à la justice, ni saisir dans une affaire ce qu’elle a de plausible et de vraisemblable, ni suggérer aux autres un conseil généreux. Cependant, mon cher Socrate (ne t’offense point de ce que je vais dire ; c’est par bienveillance que je te parle ainsi), ne trouves-tu pas qu’il est honteux pour toi d’être dans l’état où je suis persuadé que tu es, ainsi que tous ceux qui passent leur vie à

  1. Homère, Iliade, IX, 441.
  2. Voyez Walkenaer, pour le rétablissement du texte d’Euripide et l’arrangement des vers.