Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/384

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autres arts ne sont rien auprès de celui-là : et il aurait belle matière à discourir. Tu ne l’en méprises pas moins toutefois lui et son art, et tu lui dirais comme une injure qu’il n’est qu’un machiniste ; tu ne voudrais ni donner ta fille en mariage à son fils, ni prendre sa fille pour bru. Néanmoins à examiner les raisons qui élèvent si fort ton art à tes yeux, de quel droit méprises-tu le machiniste et les autres dont j’ai parlé ? Je sais bien que tu vas me dire que tu es meilleur qu’eux, et de meilleure famille. Mais si par meilleur il ne faut pas entendre ce que j’entends, et si toute la vertu consiste à mettre en sûreté sa personne et ses biens, ton mépris pour le machiniste, le médecin, et les autres arts qui se rapportent à notre conservation, est digne de risée. Mon cher, prends garde qu’être vertueux et bon ne soit autre chose que de se tirer d’affaire soi et les autres ; vois si celui qui est vraiment homme ne doit point négliger le plus ou le moins de temps qu’il pourra vivre, et se montrer peu amoureux de l’existence, et s’il ne faut pas, laissant à Dieu le soin de tout cela, et ajoutant foi à ce que disent les femmes, que personne n’a jamais échappé à son heure fatale, s’occuper de quelle manière on s’y prendra pour passer le mieux qu’il est possible le temps qu’on a à vivre. Est-ce en se