Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/40

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épouvantable jusqu’à ce qu’il se retire, ou que les archers l’enlèvent ou le traînent dehors par l’ordre des prytanes. Voilà de quelle manière on se conduit dans toutes les choses qui dépendent des arts. Mais toutes les fois qu’on délibère sur ce qui regarde le [319d] gouvernement de la république, alors on écoute tout le monde indistinctement. On voit le maçon, le serrurier, le cordonnier, le marchand, le patron de vaisseau, le pauvre, le riche, le noble, le roturier, se lever pour dire son avis, et personne ne s’avise de le trouver mauvais, comme dans les autres occasions, et de reprocher à aucun d’eux qu’il s’ingère de donner des conseils sur des choses qu’il n’a jamais apprises, et sur lesquelles il n’a point eu de maîtres : preuve évidente que les Athéniens croient que cela ne peut être enseigné. Et il en est non-seulement ainsi dans les [319e] affaires publiques, mais dans le particulier, les plus sages et les plus habiles de nos concitoyens ne peuvent communiquer leur sagesse et leur habileté aux autres. Sans aller plus loin, Périclès a fort bien fait apprendre à ses deux fils ici présens tout ce qui dépend des maîtres ; [320a] mais, pour ce qu’il sait, il ne le leur apprend point, et ne les envoie pas chez d’autres pour l’apprendre ; et, semblables à ces animaux consacrés aux dieux, à qui on laisse la liberté de paître où ils veulent, ils errent à