Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/39

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politique, et que tu te fais fort de former de bons citoyens.

C’est cela même, dit-il : voilà de quoi je me vante.

En vérité, lui ai-je dit, Protagoras, tu possèdes une science merveilleuse, s’il est vrai que tu la possèdes ; car je ne ferai pas difficulté de te dire librement ce que je pense. Jusqu’ici j’avais cru que c’était une chose qui ne pouvait être [319b] enseignée ; mais, puisque tu dis que tu l’enseignes, le moyen de ne pas te croire ? Cependant il est juste que je te dise les raisons que j’ai de penser qu’elle ne peut être enseignée, et qu’il ne dépend pas des hommes de communiquer cette science aux hommes. Je suis persuadé, comme tous les Grecs, que les Athéniens sont fort sages. Or, je vois dans toutes nos assemblées, que, lorsque l’on veut entreprendre quelque édifice, on appelle les architectes pour demander leur avis ; que, quand on veut bâtir des navires, on fait venir les charpentiers qui travaillent dans les arsenaux ; et qu’on en use de même sur toutes les choses [319c] que l’on juge de nature à être enseignées et apprises, et si quelque autre, qui ne sera pas du métier, se mêle de donner ses conseils, quelque beau, quelque riche et quelque noble qu’il puisse être, on ne l’écoute seulement pas, mais on se moque de lui, et on fait un bruit