Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/415

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qu’on s’est étudié à être pendant la vie pour ce qui concerne le corps, tel on est après sa mort, en tout ou en grande partie, pendant un certain temps. Or, il me paraît, Calliclès, qu’il en est de même à l’égard de l’âme ; et que quand elle est dépouillée de son corps, elle garde les marques évidentes de son caractère, et des accidens que chaque âme a éprouvés, en conséquence du genre de vie qu’elle a embrassé. Lors donc que les hommes arrivent devant leur juge, par exemple ceux d’Asie devant Rhadamanthe, Rhadamanthe les faisant approcher, examine l’âme d’un chacun, sans savoir de qui elle est ; et souvent ayant entre les mains le grand roi, ou quelque autre roi ou potentat, il ne découvre rien de sain en son âme ; il la voit toute cicatrisée de parjures et d’injustices par les empreintes que chaque action y a gravées : ici les détours du mensonge et de la vanité, et rien de droit, parce qu’elle a été nourrie loin de la vérité ; là les monstruosités et toute la laideur du pouvoir absolu, de la mollesse, de la licence, et du désordre. Il la voit ainsi, et de suite il l’envoie ignominieusement à la prison, où elle ne sera pas plus tôt arrivée, qu’elle éprouvera les châtimens convenables. Or quiconque subit une peine, et est châtié d’une manière raisonnable, en devient meilleur, et gagne à la punition, ou il sert d’exemple aux