Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/414

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pour décider en dernier ressort dans les cas où ils se trouveraient embarrassés l’un ou l’autre ; ainsi une justice parfaite dictera la sentence qui sera portée sur la route que les hommes doivent prendre.

Tel est, Calliclès, le récit que j’ai entendu, et que je tiens pour véritable. En raisonnant sur ce discours, voici ce qui me paraît en résulter. La mort n’est rien, à mon avis, que la séparation de deux choses, l’âme et le corps. Au moment où elles sont séparées l’une de l’autre, chacune d’elles n’est pas beaucoup différente de ce qu’elle était du vivant de l’homme. Le corps garde son caractère, et les vestiges bien marqués des soins qu’on a pris de lui, ou des accidens qu’il a éprouvés : par exemple, si quelqu’un étant en vie avait un grand corps, qu’il le tint de la nature ou de l’éducation, ou de l’une et de l’autre, après sa mort son cadavre est grand : s’il avait de l’embonpoint, son cadavre en a aussi ; et ainsi du reste. S’il avait pris plaisir à cultiver sa chevelure, il conserve beaucoup de cheveux. Si c’était un homme à étrivières, qui de son vivant portât sur son corps les cicatrices de coups de fouet ou de toute autre blessure, on y retrouve tout cela après la mort. S’il avait quelque membre rompu ou disloqué durant sa vie, mort, ces défauts sont encore visibles. En un mot, tel