Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/453

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de Saturne et de Jupiter (Κρονίαν δύναμιν καὶ Διίαν, etc.) mais s’occuper du sens de ces mots. On peut ne pas croire que ces puissances aient des essences propres, et qu’elles soient distinctes les unes des autres, mais les placer dans la cause première, comme ses divers points de vue, et dire qu’il y a en elle des puissances intelligentes et vitales. Quand nous parlons de Saturne, que ce nom ne nous trouble pas, pénétrons-en le sens. Saturne (Κρόνος) est l’intelligence pure (ὁ κόρος νοῦς, ὅ ἐστιν ὁ καθαρός). Ce nom désigne donc la puissance intelligente. C’est pourquoi les poètes disent qu’il dévore ses enfants et les vomit ensuite. En effet, l’intelligence se replie sur elle-même, elle cherche[1], et elle est elle-même ce qu’elle cherche ». Voilà pourquoi Saturne dévore ses enfants. Il les vomit, parce que non seulement l’intelligence conçoit et enfante, mais parce qu’elle produit (προάγει) et forme (ὠφέλει)[2]). C’est ce qui fait donner à Saturne l’épithète de ἀγκυλόμητις, parce que le crochet se replie sur lui-même. Comme il n’y a rien d’irrégulier (ἄτακτον), rien de nouveau (νεώτερον) dans l’intelligence, on la représente comme un vieillard. Voilà pourquoi les astrologues disent que ceux à qui Saturne est favorable naissent sages et prudents. Jupiter est appelé Ζεὺς en tant que

  1. Elle est, en langage moderne, l’identité du sujet et de l’objet.
  2. Non seulement elle est substance, mais elle est cause.