Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/527

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goût particulier. Tel voudrait avoir des chevaux, [211e] tel autre des chiens ; celui-ci de l'or, celui-là des dignités. Pour moi, je suis assez calme sur tout cela ; mais ce que je désire avec passion c'est de posséder des amis : un bon ami serait plus précieux pour moi que la meilleure caille, le meilleur coq qui soit au monde[1], même que quelque cheval et quelque chien qu'on me proposât : oui, par le chien, je crois même que j'irais jusqu'à préférer, et de beaucoup, un ami à tout le trésor de Darius, quand on y ajouterait encore Darius en personne, tant je suis amateur passionné de l'amitié. Eh bien, lorsque je vous [212a] considère, Lysis et toi, une chose me frappe et me fait envie, c'est qu'étant si jeunes, vous vous trouviez posséder sitôt et sans peine un si grand bien, et que tu aies su déjà, Ménexène, t'attacher en lui un ami, et lui de même en toi. Pour moi, je suis si éloigné d'avoir fait une telle acquisition, que j'ignore même la manière dont on acquiert un ami, et c'est justement ce dont je voulais m'informer à toi, comme étant bien au fait. Ainsi dis-moi, je te prie, lorsque quelqu'un en aime un

  1. Les Athéniens, très curieux des combats de ces deux espèces d'oiseaux, les nourrissaient exprès avec beaucoup de soin pour se procurer ce spectacle. (Voyez les Lois, liv. VII.)