Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/528

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


autre, lequel des deux [212b] devient l'ami ? est-ce celui qui aime par rapport à celui qui est aimé, ou celui qui est aimé par rapport à celui qui aime, ou bien n'y a-t-il aucune différence à faire ? — Aucune, à mon avis, répond Ménexène. — Que dis-tu, repris-je, tous deux sont amis, quoique l'un d'eux seulement aime l'autre ? — Oui, du moins à ce qu'il me semble. — Mais quoi, ne peut-il pas arriver que celui qui aime ne soit point payé de retour ? — Cela peut arriver. — Bien mieux, ne peut-il se faire qu'il soit même haï, comme souvent les amans s'imaginent l'être de leurs bien-aimés ? Quelque tendrement [212c] qu'ils puissent aimer, les uns croient qu'on a de l'indifférence, les autres de l'aversion pour eux. Cela ne te semble-t-il pas vrai ? — Très vrai. — Or, en pareil cas, l'un des deux aime, l'autre est aimé ? — Oui. — Eh bien, en ce cas, lequel est l'ami de l'autre ? est-ce l'aimant qui l'est de l'aimé, qu'il soit en retour aimé ou haï ? ou bien est-ce l'aimé ? ou encore, serait-ce que ni l'un ni l'autre n'est ami quand l'affection n'est pas réciproque entre eux ? — Il me semble qu'il faut [212d] l'entendre de cette dernière manière. — Alors nous admettons tout le contraire de ce que nous avons dit précédemment : tout à l'heure il suffisait qu'un seul aimât pour