Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/687

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rien de trop, et en vérité c’est un mot plein de sens. L’homme qui tire de lui-même tout ce qui mène au [248a] bonheur ou du moins en approche, qui ne fait pas dépendre son sort des autres hommes, et ne met point sa destinée à la merci de leur bonne ou de leur mauvaise fortune, celui-là a bien ordonné sa vie ; voilà l’homme sage, voilà l’homme ferme et prudent. Que le sort lui donne des richesses et des enfans, ou les lui ôte, il suivra avant tout le sage précepte, et l’excès de la joie et l’excès du chagrin lui seront également étrangers, parce que c’est en lui-même qu’il a mis sa confiance. Tels [248b] nous croyons que sont les nôtres, tels nous voulons et prétendons qu’ils soient ; tels nous nous montrons nous-mêmes, regret, sans effroi de quitter la vie, dès à présent, s’il le faut. Nous supplions donc nos pères et nos mères d’achever dans cette disposition le reste de leur carrière. Qu’ils sachent que ce n’est point par des gémissemens et des cris qu’ils nous prouveront leur tendresse, et que, s’il reste après la mort quelque sentiment [248c] de ce qui se passe parmi les vivans, ils ne sauraient nous causer un plus grand déplaisir que de se tourmenter et de se laisser abattre ; mais nous aimerions à les voir calmes et modérés. En effet, la mort qui nous attend est la plus belle qu’il soit donné