Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/69

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nous, Protagoras ? Sera-ce celui-ci, que chaque chose n’a qu’un seul contraire, ou celui où il a été dit que la tempérance est autre que la sagesse, que toutes deux sont des parties de la vertu, et que non-seulement elles sont autres, mais dissemblables, elles et leurs propriétés, de même que les parties du visage ? Lequel, encore un coup, rétracterons-nous ? car ces deux discours pris ensemble ne sont pas trop conformes aux règles de la musique, puisqu’il n’y a entre eux ni consonance ni harmonie. Et comment seraient-ils d’accord, si d’une part c’est une nécessité que chaque chose [333b] n’ait qu’un contraire, et non plusieurs ; et si d’autre part la folie qui est une paraît avoir deux contraires, la sagesse et la tempérance ? N’en est-il pas ainsi, Protagoras ?

Il en est convenu bien malgré lui.

La tempérance et la sagesse seraient donc une même chose ; comme nous avons vu précédemment que la justice et la sainteté sont la même chose à-peu-près.

Allons, Protagoras, ai-je continué, ne nous rebutons pas, mais examinons le reste. Te paraît-il que quand on commet une injustice, [333c] on soit prudent[1] en cela même qu’on est injuste ?

  1. J’emploie ici le mot prudent au lieu de tempérant, pour faciliter le passage à ce qui suit ; mais ce changement de mot romprait la suite du discours, si le lecteur ne substituait dans sa pensée à tempérant ou à prudent un mot qui les embarrasse tous deux.