Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/727

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[535b] SOCRATE.

Allons, Ion, dis-moi aussi, et ne me cache rien de ce que je vais te demander : quand tu récites comme il faut des vers héroïques, et que tu ravis l'âme des spectateurs, soit que tu chantes Ulysse s’élançant sur le seuil de son palais, se faisant[1] connaître aux amans de Pénélope et répandant à ses pieds une multitude de flèches ; ou Achille se jetant sur Hector[2], ou quelque endroit pathétique sur Andromaque[3], Hécube ou Priam[4] ; te possèdes-tu ? ou bien es-tu hors [535c] de toi-même, et, transportée d’enthousiasme, ton âme ne s’imagine-t-elle pas assister aux actions que tu récites, à Ithaque ou devant Troie, partout enfin où la scène se passe.

ION.

Que la preuve que tu me mets sous les yeux est frappante, Socrate ! car, pour te parler sans déguisement, je t’assure que, quand je déclame quelque morceau pathétique, mes yeux se remplissent de larmes ; et que, si c’est un endroit

  1. Hom., Odyss., XXII, I, sqq.
  2. Iliad., XXII, 311.
  3. Ibid., 437, 515.
  4. Ibid., 405, 410.