Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, III et IV.djvu/85

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miers vers sa pensée, en disant qu’il est [340c] difficile de devenir véritablement vertueux ?

Tu as raison.

Et il condamne Pittacus qui ne dit pas, comme le pense Protagoras, la même chose que lui, mais une autre. Car Pittacus n’a pas dit comme Simonide, il est difficile de devenir homme de bien, mais d’être homme de bien. Or, Protagoras, être et devenir ne sont pas la même chose ; c’est Prodicus qui l’assure : et si être n’est pas la même chose que devenir, Simonide ne se contredit point. Peut-être [340d] que Prodicus et beaucoup d’autres pensent avec Hésiode[1], qu’il est, à la vérité, difficile de devenir homme de bien, parce que les dieux ont mis les sueurs au-devant de la vertu ; mais que lorsqu’on est une fois parvenu au sommet, la vertu devient ensuite aisée à acquérir, quoiqu’elle ait d’abord été difficile.

Prodicus applaudit fort ce discours. Protagoras me dit au contraire : Socrate, ton explication est plus vicieuse encore que l’endroit que tu expliques.

S’il en est ainsi, Protagoras, j’ai donc [340e] bien mal fait, et je suis un plaisant médecin, puisque j’augmente le mal en voulant le guérir.

  1. HÉSIODE, les Œuvres et les Jours, v. 387.